Greffe de la Cornée en Tunisie : Restauration de la Vision

Greffe de cornée en Tunisie : kératoplastie, rejet, récupération et suivi

La greffe de cornée, ou kératoplastie, consiste à remplacer tout ou partie de la cornée malade d'un patient par un tissu cornéen prélevé sur un donneur. Elle n'est pas une chirurgie de confort : elle s'adresse à des personnes atteintes d'une pathologie cornéenne qui altère la transparence ou la régularité de la cornée, et chez qui aucune correction optique ni aucun traitement médical ne permet plus de restaurer une vision utile.

La cornée est la lentille transparente située à l'avant de l'œil. Elle est composée de plusieurs couches superposées, dont trois sont déterminantes en chirurgie : l'épithélium en surface, le stroma qui constitue l'essentiel de son épaisseur et assure sa résistance, et l'endothélium, une monocouche cellulaire profonde qui déshydrate en permanence le tissu pour le maintenir clair. Ces cellules endothéliales ne se renouvellent pas au cours de la vie.

Cette organisation en couches explique l'évolution majeure de la discipline : il n'est plus systématiquement nécessaire de remplacer toute l'épaisseur de la cornée. Les techniques lamellaires permettent de ne greffer que la couche atteinte, en conservant les couches saines du patient. Le choix entre une greffe transfixiante, qui remplace toute l'épaisseur, et une greffe lamellaire, qui n'en remplace qu'une partie, est la première décision du chirurgien et conditionne le risque de rejet, la solidité de l'œil et la durée de récupération.

Cette page décrit les indications de la kératoplastie, les différentes techniques et ce qui guide leur choix, l'obtention du greffon et les délais qu'elle impose, le déroulement de l'intervention, la récupération visuelle qui s'étale sur plusieurs mois à plus d'un an, les signes de rejet que tout patient greffé doit connaître, et les exigences de suivi à long terme — un élément déterminant lorsque l'intervention est envisagée hors de son pays de résidence.

Dans quels cas une greffe de cornée est-elle indiquée ?

Une greffe est envisagée lorsque la cornée a perdu sa transparence ou sa régularité au point que la vision ne peut plus être réhabilitée par des lunettes, des lentilles rigides ou un traitement médical, et que le reste de l'œil — rétine, nerf optique — conserve un potentiel visuel.

Le kératocône évolué

Le kératocône est une maladie dans laquelle la cornée s'amincit et se déforme progressivement en cône, générant un astigmatisme irrégulier croissant. La grande majorité des patients sont pris en charge sans greffe : lentilles rigides ou sclérales, cross-linking pour stabiliser l'évolution, anneaux intracornéens. La greffe n'intervient qu'en cas d'échec de ces solutions, d'intolérance aux lentilles, de cornée devenue trop fine ou de cicatrice centrale, notamment après un épisode de hydrops, c'est-à-dire une rupture de la membrane de Descemet avec œdème aigu.

Le kératocône touche fréquemment des patients jeunes, ce qui pèse dans la décision : une greffe posée à trente ans devra durer des décennies, et une reprise ultérieure est une éventualité qu'il faut intégrer d'emblée.

La dystrophie endothéliale de Fuchs

Cette maladie se caractérise par une perte progressive des cellules endothéliales. Lorsque leur densité descend sous un seuil critique, la cornée ne se déshydrate plus correctement : elle s'épaissit, s'opacifie, et le patient décrit une vision brouillée surtout au réveil, qui s'éclaircit dans la journée. Au stade évolué apparaissent des bulles épithéliales douloureuses.

Seule la couche endothéliale étant atteinte, cette indication relève typiquement d'une greffe lamellaire postérieure.

La décompensation endothéliale après chirurgie intraoculaire

Toute chirurgie à l'intérieur de l'œil consomme des cellules endothéliales. Sur un capital déjà limité, une chirurgie de la cataracte, surtout si elle a été compliquée, peut précipiter une décompensation appelée kératopathie bulleuse. C'est l'une des indications les plus fréquentes de greffe endothéliale.

Les séquelles infectieuses et traumatiques

Une kératite bactérienne, fongique, amibienne ou herpétique peut laisser une cicatrice opaque centrale définitive. De même, une plaie cornéenne, une brûlure chimique ou thermique laisse des opacités et des irrégularités. Dans certains cas d'infection non contrôlée, une greffe peut être réalisée en urgence, dans un but de sauvetage du globe plutôt que de récupération visuelle : ces greffes dites à chaud ont un pronostic différent.

Un antécédent d'herpès oculaire mérite une mention particulière : le virus persiste dans l'organisme, les récidives sur greffon sont possibles et un traitement antiviral prolongé est généralement associé.

Les ectasies secondaires et l'échec de greffe antérieure

Une déformation cornéenne peut survenir après une chirurgie réfractive, en particulier une ectasie post-LASIK, lorsque la résistance mécanique de la cornée est devenue insuffisante. Enfin, un greffon précédemment posé peut s'opacifier, à la suite d'un rejet ou d'une perte cellulaire progressive : une nouvelle greffe, dite itérative, est alors discutée, avec un risque de rejet plus élevé que lors de la première intervention.

Greffe de la Cornée

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Quelles techniques de kératoplastie existent, et qu'est-ce qui guide le choix ?

Le principe directeur est simple à énoncer : ne remplacer que la ou les couches atteintes. Conserver les couches saines du patient réduit le risque de rejet, préserve la solidité du globe et accélère la récupération. Ce n'est cependant pas toujours possible.

TechniqueCe qui est remplacéIndications typiquesCaractéristiques
Kératoplastie transfixiante (KT) Toute l'épaisseur de la cornée Opacités touchant toutes les couches, cicatrices profondes, kératocône avec cicatrice étendue, échec de greffe, greffe de sauvetage Sutures nombreuses, astigmatisme postopératoire important, récupération très longue, risque de rejet le plus élevé, globe durablement fragilisé
DALK (lamellaire antérieure profonde) Épithélium et stroma, l'endothélium du patient est conservé Kératocône sans atteinte endothéliale, cicatrices stromales antérieures Pas de rejet endothélial, œil plus solide, mais technique exigeante pouvant être convertie en transfixiante en cours d'intervention
DSAEK (endothéliale avec stroma postérieur) Endothélium et une fine lame de stroma postérieur Dystrophie de Fuchs, kératopathie bulleuse, en particulier sur œil complexe ou déjà opéré Greffon plus épais donc plus facile à manipuler, récupération plus rapide qu'une transfixiante, niveau de vision finale souvent légèrement inférieur au DMEK
DMEK (endothélio-Descemétique) Endothélium et membrane de Descemet uniquement Dystrophie de Fuchs, kératopathie bulleuse sur œil anatomiquement favorable Greffon très fin, récupération visuelle plus rapide et qualité optique supérieure, mais manipulation délicate et risque de décollement du greffon nécessitant une réinjection de bulle d'air

Le choix résulte de l'analyse des couches atteintes par l'examen à la lampe à fente, la tomographie cornéenne et le comptage des cellules endothéliales. D'autres éléments entrent en compte : l'état du reste de l'œil, la présence d'un implant ou d'une chirurgie antérieure du glaucome, l'existence de synéchies, la capacité du patient à maintenir une position allongée les premières heures pour les greffes endothéliales, et l'expérience de l'équipe.

Une greffe lamellaire n'est pas toujours réalisable même lorsqu'elle serait théoriquement préférable. Une DALK peut devoir être convertie en transfixiante en peropératoire si la membrane de Descemet se perfore lors de la dissection. Cette éventualité doit être expliquée avant l'intervention, car elle modifie les suites et le pronostic.

Le greffon : obtention, contrôle et délais

Le greffon provient d'un donneur décédé. Son prélèvement, sa qualification et sa distribution sont encadrés par une réglementation stricte et relèvent d'une banque de tissus. Aucune greffe ne peut être programmée sans qu'un greffon compatible soit disponible : c'est une différence fondamentale avec la plupart des autres chirurgies oculaires, et elle a des conséquences pratiques directes pour un patient venant de l'étranger.

Avant d'être attribué, le greffon fait l'objet de contrôles portant sur les antécédents du donneur, la recherche de maladies transmissibles, l'absence de pathologie cornéenne, la transparence du tissu et surtout la densité de ses cellules endothéliales. Un greffon dont la densité cellulaire est insuffisante n'est pas utilisé pour une greffe endothéliale.

La conservation s'effectue selon deux modalités principales : à température modérée en milieu de culture, ce qui autorise une conservation prolongée et une qualification approfondie, ou à basse température pour une durée plus courte. Certaines techniques nécessitent une préparation particulière du greffon — découpe au microkératome ou au laser femtoseconde pour une DSAEK, décollement de la membrane de Descemet pour une DMEK — réalisée soit par la banque, soit par le chirurgien juste avant l'intervention.

Il en découle que la date d'intervention ne peut pas toujours être fixée longtemps à l'avance avec certitude, et qu'un report est possible : disponibilité du greffon, résultat des contrôles, échec de préparation du tissu. Pour une prise en charge organisée depuis l'étranger, cette contrainte doit être anticipée : il est indispensable de savoir, avant de se déplacer, comment le greffon est obtenu, quelles garanties de traçabilité existent et quelle est la conduite prévue en cas d'indisponibilité.

La compatibilité tissulaire n'est habituellement pas recherchée pour une première greffe de cornée, car la cornée est un tissu sans vaisseaux et le système immunitaire y accède peu. Cette relative tolérance diminue en revanche lorsque la cornée est vascularisée, lors d'une regreffe ou en contexte inflammatoire : le risque de rejet augmente alors nettement.

Comment se déroule l'intervention ?

La kératoplastie se pratique sous anesthésie locorégionale ou générale selon la technique, l'état de l'œil et le patient. Une greffe transfixiante est le plus souvent réalisée sous anesthésie générale, car l'œil est ouvert sur une large surface et toute variation de pression doit être évitée.

Dans une kératoplastie transfixiante, un disque de cornée pathologique est découpé au trépan sur toute son épaisseur, puis remplacé par un disque de greffon de diamètre légèrement supérieur, fixé par des points séparés, un surjet continu, ou les deux. La position et la tension de ces sutures déterminent en grande partie l'astigmatisme postopératoire.

Dans une DALK, le chirurgien dissèque le stroma jusqu'au plan pré-descemétique, souvent en s'aidant d'une injection d'air pour cliver les couches, puis suture le greffon dépourvu de son endothélium.

Dans une greffe endothéliale, la membrane de Descemet et l'endothélium malades sont retirés par une petite incision, puis le greffon, enroulé, est introduit dans la chambre antérieure. Il n'est pas suturé : il est plaqué contre la face postérieure de la cornée par une bulle d'air ou de gaz. Le patient doit ensuite rester allongé sur le dos, regard vers le plafond, pendant plusieurs heures, afin que la bulle maintienne le greffon en position. Le respect de cette consigne conditionne directement l'adhérence du greffon.

Une greffe peut être associée à un autre geste dans le même temps opératoire, notamment une chirurgie du cristallin lorsque celui-ci est opacifié ou lorsque son maintien gênerait la greffe.

Quelle est la récupération visuelle après une greffe de cornée ?

C'est le point sur lequel l'information doit être la plus claire, car les attentes sont souvent décalées par rapport à la réalité. La récupération visuelle après une kératoplastie est lente, et elle se compte en mois, parfois au-delà d'un an pour une greffe transfixiante.

PériodeKératoplastie transfixiante / DALKGreffe endothéliale (DMEK, DSAEK)
Premiers jours Vision très floue, œil rouge et sensible, gêne liée aux sutures, photophobie. Vision floue, positionnement allongé imposé, contrôle de la bulle d'air, surveillance de la pression oculaire.
1 à 3 mois Greffon transparent mais vision irrégulière, astigmatisme important, correction non stabilisée. Éclaircissement progressif de la cornée, amélioration souvent nette, réfraction encore instable.
3 à 12 mois Ajustement ou retrait sélectif de sutures pour réduire l'astigmatisme. Vision fluctuante après chaque geste. Vision généralement stabilisée. Poursuite de la corticothérapie locale à dose décroissante.
12 à 24 mois Retrait complet des sutures selon la cicatrisation, puis stabilisation réfractive et adaptation optique définitive. Surveillance de la densité endothéliale et du risque de rejet.

Ces repères sont indicatifs. La cicatrisation cornéenne est lente, variable et influencée par l'âge, la pathologie initiale, l'inflammation et l'état de la surface oculaire.

L'astigmatisme postopératoire et la gestion des sutures

Après une greffe suturée, un astigmatisme est la règle et non l'exception. Il résulte de la tension inégale des points et de la cicatrisation de l'interface entre greffon et cornée receveuse. Il peut être important et irrégulier, c'est-à-dire non corrigible en totalité par des lunettes.

Sa réduction fait partie du traitement. Le chirurgien retire ou ajuste sélectivement certains points, guidé par la topographie, échelonnant ce travail sur plusieurs consultations. Chaque geste modifie la vision, qui peut se dégrader temporairement avant de s'améliorer.

Le retrait des sutures ne s'effectue pas selon un calendrier fixe : il dépend de la solidité de la cicatrisation. Des sutures laissées trop longtemps peuvent se relâcher, s'infecter ou induire une vascularisation ; retirées trop tôt, elles exposent à une désunion de la plaie. Une suture lâche, souvent perçue comme une irritation persistante, doit être retirée rapidement car elle constitue une porte d'entrée infectieuse et un facteur déclenchant de rejet.

Lorsqu'un astigmatisme important persiste après retrait complet des sutures, la réhabilitation visuelle peut nécessiter des lentilles rigides ou sclérales, voire des gestes complémentaires. Une vision corrigée satisfaisante n'est donc pas acquise du seul fait que le greffon est transparent.

Le rejet de greffe : ce que tout patient greffé doit savoir

Le rejet est la reconnaissance du greffon comme étranger par le système immunitaire du receveur. Il peut survenir à tout moment, quelques semaines comme plusieurs années après l'intervention. Il ne signifie pas l'échec immédiat et définitif de la greffe : pris en charge rapidement, un épisode de rejet peut être contrôlé. Traité tardivement, il aboutit souvent à une perte irréversible de la transparence du greffon.

C'est pour cette raison que l'information du patient est un élément à part entière du traitement. Un patient greffé doit connaître les signes d'alerte et savoir qu'ils imposent une consultation ophtalmologique en urgence, le jour même.

Les signes d'alerte

  • Une baisse de vision inhabituelle, même modérée, sur l'œil greffé.
  • Une rougeur de l'œil, en particulier autour de la cornée.
  • Une douleur ou une gêne apparue récemment.
  • Une photophobie, sensibilité inhabituelle à la lumière.
  • Un brouillard visuel ou un voile persistant.

Un moyen mnémotechnique est parfois transmis aux patients sous forme de quatre mots à retenir : rougeur, sensibilité à la lumière, vision, douleur. Aucun de ces signes n'est spécifique, mais leur apparition chez un patient greffé impose de considérer un rejet jusqu'à preuve du contraire.

Les facteurs qui augmentent le risque

Vascularisation de la cornée receveuse, antécédent de rejet ou de greffe antérieure, inflammation oculaire chronique, glaucome associé, grand diamètre de greffon, sutures lâches, arrêt prématuré des corticoïdes, âge jeune, contexte infectieux notamment herpétique. Le risque de rejet est par ailleurs plus élevé après une kératoplastie transfixiante qu'après une greffe lamellaire, puisque davantage de tissu étranger est transplanté.

Le traitement

Le traitement repose sur les corticoïdes, administrés en collyre à forte fréquence, parfois complétés par voie générale ou par injection selon la sévérité. Une réponse rapide améliore le pronostic. Après l'épisode, la décroissance de la corticothérapie est progressive et prudente, et un traitement local d'entretien à faible dose est souvent maintenu au long cours. Des immunosuppresseurs locaux peuvent être utilisés dans les situations à haut risque.

Cette corticothérapie prolongée n'est pas sans conséquence : elle expose à une hypertonie oculaire pouvant évoluer vers un glaucome cortisonique, à une cataracte sous-capsulaire et à une sensibilité accrue aux infections. Elle impose donc un contrôle régulier de la pression intraoculaire, et ne doit jamais être interrompue ni modifiée sans avis médical.

Lorsque le greffon est perdu

Un greffon peut s'opacifier après un rejet non contrôlé, ou se décompenser progressivement des années plus tard par épuisement de ses cellules endothéliales. Une greffe itérative est alors envisageable. Elle est techniquement plus difficile, et le risque immunologique est plus élevé que lors de la première greffe, du fait de la sensibilisation antérieure et de la vascularisation fréquente. Une greffe de cornée doit donc être comprise non comme un acte définitif, mais comme une prise en charge au long cours pouvant comporter plusieurs étapes.

Quels sont les autres risques et complications ?

Outre le rejet, une kératoplastie expose à des complications qui doivent être énoncées sans atténuation.

Complications peropératoires : hémorragie expulsive, complication rare mais dramatique lors d'une chirurgie à globe ouvert ; perforation de la membrane de Descemet lors d'une DALK imposant une conversion en greffe transfixiante ; lésion du cristallin ou de l'iris.

Complications précoces : décollement du greffon après greffe endothéliale, nécessitant une nouvelle injection d'air ou une reprise ; défaut de cicatrisation épithéliale persistant ; hypertonie oculaire induite par la bulle de gaz ou par les corticoïdes ; inflammation intraoculaire ; infection du greffon ou endophtalmie, urgence absolue ; désunion de la plaie.

Complications tardives : astigmatisme irrégulier non corrigible par lunettes ; glaucome secondaire, l'une des causes majeures de perte visuelle après greffe ; cataracte induite ou accélérée par la corticothérapie ; récidive de la maladie initiale sur le greffon, notamment dans les dystrophies et en cas d'herpès ; complications liées aux sutures — abcès sur fil, néovascularisation, suture lâche ; perte progressive des cellules endothéliales du greffon conduisant à une décompensation à distance.

Fragilité du globe : après une kératoplastie transfixiante, la cicatrice circulaire ne retrouve jamais la résistance d'une cornée intacte. Un traumatisme même modéré peut provoquer une rupture sur le trajet de la greffe. Le port de protections oculaires est recommandé lors des activités à risque, et les sports de contact sont généralement déconseillés de façon durable.

Quelles sont les limites de la greffe de cornée ?

La greffe restaure la transparence ou la régularité de la cornée. Elle ne traite rien d'autre. Si la baisse de vision est due en partie à une atteinte de la rétine, de la macula ou du nerf optique, ou à un glaucome évolué, le gain restera limité par ces pathologies. Une évaluation du potentiel visuel avant l'intervention est donc indispensable, et l'objectif réaliste doit être annoncé avant l'opération.

La greffe ne garantit pas une vision sans correction. Une correction optique est presque toujours nécessaire après l'intervention, parfois sous forme de lentilles rigides ou sclérales lorsque l'astigmatisme est irrégulier.

Un greffon n'a pas une durée de vie illimitée. Son capital endothélial diminue avec le temps, plus vite que dans une cornée native, et une décompensation tardive reste possible même sans aucun épisode de rejet.

Enfin, dans certaines indications — kératocône débutant à modéré, opacités superficielles limitées —, la greffe n'est pas la première réponse. Lentilles rigides, cross-linking, anneaux intracornéens ou traitements de surface doivent être envisagés avant. Un chirurgien qui propose ces alternatives avant de poser une indication de greffe applique la bonne démarche.

Le suivi à long terme : un élément déterminant pour une prise en charge à l'étranger

Une greffe de cornée n'est pas une intervention dont on peut considérer le parcours achevé au retour du séjour. Le suivi est prolongé, rapproché au début, puis annuel à vie. Il comporte le contrôle de la transparence du greffon, la mesure de la pression intraoculaire sous corticoïdes, la topographie pour guider le retrait des sutures, le comptage endothélial et l'adaptation de la correction optique.

Cette réalité doit être intégrée dès la décision. Avant d'envisager une kératoplastie hors de son pays de résidence, plusieurs points doivent être réglés par écrit :

  • La durée de séjour nécessaire sur place, qui n'est pas celle d'une chirurgie du cristallin et peut nécessiter plusieurs contrôles rapprochés avant le retour.
  • L'identification préalable d'un ophtalmologiste dans le pays de résidence acceptant d'assurer le suivi, y compris le retrait échelonné des sutures et la gestion d'un éventuel rejet. Ce point est le plus important : sans relais de proximité, la greffe ne devrait pas être programmée.
  • La transmission du compte rendu opératoire, de la technique employée, des caractéristiques et de la traçabilité du greffon.
  • Le protocole précis de corticothérapie, sa décroissance et sa durée.
  • La conduite à tenir en urgence en cas de signe de rejet ou d'infection, avec un interlocuteur joignable.
  • Les conditions de reprise si une complication survient après le retour.

Quels éléments font varier le prix d'une greffe de cornée en Tunisie ?

Aucun tarif unique ne peut être annoncé, et un devis ne peut être établi sans dossier ophtalmologique complet. Les facteurs de variation sont les suivants :

  • La technique : transfixiante, DALK, DSAEK ou DMEK ne mobilisent ni le même temps opératoire, ni le même matériel.
  • Le greffon : obtention, qualification, conservation, traçabilité, et préparation éventuelle du tissu.
  • Le bilan préopératoire : topographie, tomographie du segment antérieur, comptage endothélial, imagerie de la rétine, évaluation du potentiel visuel.
  • Le type d'anesthésie et la présence d'un médecin anesthésiste.
  • La complexité du dossier : greffe itérative, œil déjà opéré, glaucome associé, contexte inflammatoire ou infectieux, greffe combinée à un geste sur le cristallin.
  • La durée d'hospitalisation et de séjour, généralement plus longue que pour les autres chirurgies oculaires.
  • Le nombre de consultations de contrôle réalisées sur place avant le retour.
  • Les traitements postopératoires et leur durée.

Un devis sérieux précise la technique envisagée, ce qui est prévu concernant le greffon et le nombre de contrôles inclus. Il est également légitime de demander ce qui est prévu en cas de report pour indisponibilité du tissu. Vous pouvez transmettre votre dossier pour une évaluation personnalisée.

Quelles questions poser en consultation ?

  • Quelles couches de ma cornée sont atteintes, et quelle technique cela impose-t-il ?
  • Une alternative à la greffe est-elle encore envisageable dans mon cas ?
  • Quel est l'état de ma rétine et de mon nerf optique, et quel potentiel visuel puis-je espérer ?
  • Comment le greffon est-il obtenu, contrôlé et tracé, et que se passe-t-il s'il n'est pas disponible à la date prévue ?
  • Si une DALK est prévue, que se passe-t-il en cas de conversion peropératoire en greffe transfixiante ?
  • Combien de temps devrai-je rester sur place, et combien de contrôles sont prévus avant mon retour ?
  • Quel est le calendrier prévisible de retrait des sutures, et qui le réalisera ?
  • Quel protocole de corticoïdes devrai-je suivre, pendant combien de temps, et comment ma pression oculaire sera-t-elle surveillée ?
  • Quels signes doivent me faire consulter en urgence, et qui puis-je joindre ?
  • Quelles activités devrai-je éviter durablement ?

Questions fréquentes sur la greffe de cornée

Une greffe de cornée est-elle douloureuse ?

L'intervention elle-même n'est pas douloureuse grâce à l'anesthésie. Les jours suivants, une gêne, une sensation de corps étranger liée aux sutures et une sensibilité à la lumière sont habituelles. Une douleur intense ou d'apparition secondaire n'est jamais banale et impose une consultation.

Combien de temps un greffon dure-t-il ?

Aucune durée ne peut être annoncée à un patient donné. Un greffon perd progressivement ses cellules endothéliales et peut se décompenser après plusieurs années, avec ou sans épisode de rejet. Le pronostic dépend de la technique, de la pathologie initiale, de l'état de l'œil et de la régularité du suivi.

Peut-on refaire une greffe si la première échoue ?

Oui, une greffe itérative est possible. Elle est techniquement plus délicate et le risque immunologique est plus élevé, ce qui justifie une surveillance et un traitement anti-rejet renforcés.

La greffe corrige-t-elle la myopie ou l'astigmatisme ?

Non, ce n'est pas son objectif. Elle induit au contraire fréquemment un astigmatisme qu'il faudra réduire puis corriger. Les défauts visuels d'un œil par ailleurs sain relèvent de la chirurgie réfractive, comme le LASIK ou, sur cornée fine, la pose d'un implant phaque.

Le rejet est-il fréquent et définitif ?

Le rejet est un risque réel qui persiste toute la vie du greffon, plus élevé après une greffe transfixiante qu'après une greffe lamellaire. Un épisode diagnostiqué et traité rapidement par corticoïdes peut être maîtrisé sans perte de transparence ; un retard de prise en charge rend les dommages souvent irréversibles.

Faut-il prendre un traitement immunosuppresseur par voie générale ?

Dans la majorité des cas, non : le traitement anti-rejet est local, sous forme de collyres corticoïdes. Un traitement général ou des immunosuppresseurs locaux sont réservés aux situations à haut risque ou aux épisodes sévères.

Peut-on greffer les deux yeux en même temps ?

Ce n'est pas la pratique habituelle. Les yeux sont opérés successivement, ce qui permet d'évaluer la réponse du premier œil, de préserver une vision utile pendant la récupération et de limiter les conséquences d'une complication.

Quand pourrai-je reprendre le travail et la conduite ?

Cela dépend de la technique, de l'œil controlatéral et de l'évolution. Une greffe endothéliale permet souvent une reprise plus précoce qu'une kératoplastie transfixiante, dont la récupération se compte en mois. La reprise de la conduite suppose une validation par l'ophtalmologiste, en tenant compte des exigences légales d'acuité visuelle.

Une cataracte peut-elle apparaître après la greffe ?

Oui, la corticothérapie prolongée favorise une cataracte, et certaines greffes accélèrent son apparition. Elle peut être opérée, parfois dans le même temps que la greffe lorsqu'elle est déjà présente. Le sujet est développé sur la page consacrée à la chirurgie du cristallin.